Hiver 1709...en Bourgogne
De Alice DANIEL
Tiré du registre de :
Leyment (01) : je n'en ai pas la numérisation du document. Le texte
serait en latin dans le registre. Une traduction aurait été faite
par un sieur GIROUX de la Bresse en 1890. Une recopie plus ou moins
intégrale du texte aurait circulé dans plusieurs revues et bulletins
associatifs de Bourgogne ces vingt dernières années.
Voici ce qui me parvient :
Leyment, Ain, L'an 1709 bien que mon esprit ait horreur de s'en
souvenir et se renferme dans sa douleur j'entreprendrai de fixer sur
le papier et en peu de lignes la calamité arrivée au commencement de
l'An du Christ Notre Seigneur et Sauveur 1709. Voici ce qui se
passa. L'espoir d'une récolte abondante faisait déjà oublier
l'ingrate moisson de l'année précédente. Nul signe d'un hiver
rigoureux ne s'était montré lorsque le jour même de l'Epiphanie un
vent du Nord subit se mit à souffler de manière qu'à la nuit
tombante la terre est durcie par une forte gelée et tous sont dans
la stupéfaction. Aucune personne vivante n'avait jamais éprouvé les
rigueurs de la fureur d'un vent du Nord semblable à celui qui
sévissait le lendemain matin. Aucun homme sage et prudent n'eut osé
s'y exposer, le jour suivant, savoir le huit janvier, chose qu'on
pensait ne pouvoir pas arriver le froid avait encore augmenté. en
peu de jours le cours du Rhône, quoique très rapide, fut arrêté par
une glace très solide. et en bien des endroits une rive était unie à
l'autre. On dit que dans le même temps la mer de Bretagne et celle
du Nord furent prises et que la glace cimenta pour ainsi dire tous
les navires au ports. Comme la neige tomba en petite quantité et
tardivement il se fit que les semailles ne purent être protégées. Il
faut excepter les montagnes que la neige avait heureusement
recouvertes dés l'abord. Tout fut brûlé par ce froid pénétrant qui
dura en augmentant jusqu'au vingt deuxième jour de janvier et nous
l'avons senti sévir comme à plaisir, alors il se relâcha un peu.
Pendant ce froid les arbres se fendaient avec grand bruit et l'on
pouvait entendre beaucoup d'autres choses qu'il est triste
d'énumérer, qu'il suffise de parler de ce fait unique et inconnu aux
siècles passés (plaise à Dieu que les siècles futurs n'en entendent
plus parler) dans presque toute la France et les pays voisins. si on
excepte quelques montagnes il ne reste pas un seul épi de froment de
blondée et d'épeautre, l'avoine d'hiver échappa en petite quantité,
il n'y eut pas la centième partie de ce qu'on avait confié à la
terre. D'autres ont raconté comment des oliviers et figuiers, les
lauriers, ont péri. Dans nos pays un siècle ne suffira pas pour
réparer la perte des noyers, la vigne est totalement détruite. Cela
est visible. Les plus vieilles cornettes ne poussent rien, encore
moins les plus récents ; il faut les couper, toutefois les ceps
poussent et reverdissent un peu vers le collet près des racines.
Registre de Saint Romain sous Versigny (71) Saône et Loire.
Le 4 janvier 1709 commença une gelée qui étonnera tous les siècles
suivants. Dans la première nuit tout fut gelé jusqu'aux plus grosses
rivières sur lesquelles on marchois avec autant d'assurance que sur
la terre la plus ferme, elle dura trois semaines. Il en vint une
autre 8 à 10 jours après qui quoyque moins ruina tous les bleds sur
la fin de mars et au commencement d'apvril que commencent à écloire
les bleds, il ne se trouva pas dans les champs qui paroissoient être
tous normallement labourés. La cherté des bleds qui commença un peu
auparavant fut extreme en ce temps las le bled fut jusque à 9 et 10
livres la mesure ces pays cy furent dépeuplés et ceux qui resterent
moururent presque tous de faim. La terre fachée de ne rien produire
ramassa toutes les forces pour multiplier les semis que lonsema
partout et l'abondance fut si grande qu'elle mit fin a la cherté sur
la fin de juillet de la même année.
L'abbé COUTÉPÉE nous indique par ailleurs :
A Mont Saint Vincent : (71)
… de quatre cents communiants en 1709 la famine en enleva deux
cents, de douze métairies, six furent abandonnées.
A Bragny-en-Charollai s : (71)
.. de trois cents communiants en 1709 il n'en resta que dix neuf.
A Suin : (71)
.. en 1708 il y avait deux vent vingt-cinq communiants dont il ne
resta que qutre-vingt- quinze après la famine de 1709.
A l'Hôpital-le- Mercier :
… en 1709, soixante-neuf morts, quatre baptêmes et un mariage.. les
calamités qui suivirent la famine de 1709 firent déserter les
habitants ; à peine y en avait-il trente en 1712.